Ma vie d’entrepreneure : lancer sa marque de vêtements et ne jamais dessiner

MA VIE D’ENTREPRENEURE

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30.01.2018

Au lancement d’un projet, qu’il soit digital, artisanal ou artistique, il y a un besoin fondamental de vivre sa passion et de pratiquer comme un métier ce qui nous anime aux fonds des tripes.

De mon côté, ce sont le dessin et la création stylistique qui me tiraillent depuis toujours. Entrer dans un Rougier & Plé ou Graphigro me fait le même effet qu’un groupe de supporters du PSG après un 4-0 face à Barcelone : ça me galvanise. En somme, j’ai créé ma propre marque pour les crayons de couleur, les feutres, la peinture, la soie, le damas, la popeline, les fils de satin, les dentelles, le tissu wax ou encore les pagnes ! En me lançant dans la mode, j’étais surtout enthousiaste à l’idée de me consacrer au dessin à plein temps… Grossière erreur !

Si le génial « Signé Chanel » de Loïc Prigent ou les innombrables documentaires sur le processus de création d’Yves-Saint-Laurent m’ont toujours fait baver d’envie, il y a un monde entre un atelier de couture employant quarante salariés et le travail de création d’une entrepreneure qui lance sa première collection depuis son salon, sans financement ou presque.

Près d’un an après le démarrage du projet et deux mois après le lancement de la première collection, force est de constater que la création pure a pris à peine 5% de mon temps. Il est loin le « fais de ta passion ton métier », n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas si étonnant que ça, me direz-vous.

Un ami, membre de jury pour des concours de mode, me confiait que beaucoup de jeunes créateurs purs, formés généralement dans des écoles de stylisme, présentent des projets certes très artistiques, mais peu aboutis en ce qui concerne l’aspect business nécessaire. Car si lancer sa marque de prêt-à-porter n’est pas une aventure entrepreneuriale comme une autre, cela reste tout de même un commerce, dont on veut assurer la pérennité, le développement la rentabilité. A moins d’avoir des conditions de démarrage particulièrement propices (relations, soutien financier non négligeable ou communauté Instagram de 1M de followers), ancrer son univers créatif pour un business florissant demande la mise en commun de compétences loin des crayons de couleurs et des rouleaux de mousseline…

Alors si comme moi vous n’avez pas de Pierre Bergé pour vous épauler, voici une liste (non exhaustive) des tâches que j’ai dédiées et continue à dédier pour certaines à l’aspect business de la marque.

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Cela peut sembler dispensable mais je vous recommande d’en préparer un à la fois pour votre cap et pour les potentiels organismes financiers que vous pourriez solliciter par la suite. J’ai mis deux mois à compléter le mien avec une certaine difficulté pour obtenir de la data sur le marché de la mode inspirée de l’Afrique, plus qu’opaque.

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Personne n’échappe à la paperasse, même pas le Karl Lagerfeld qui sommeille en vous. Processus assez classique, mille fois débattu dans les media de référence : choix de la dénomination de votre entreprise, écriture des statuts, enregistrement de la marque sur le site de l’INPI et/ou de certains modèles avant-gardistes que vous n’aimeriez pas qu’on vous pique.

Petit bonus : Pour ceux qui aiment lire sur le smartphone, vous trouverez à ce sujet mille informations sur les (très bons) sites Maddyness ou 1001 startups.

Pour ceux et celles qui aiment encore le papier (comme moi), le magazine Management a sorti en 2018 un hors-série dédié à la création d’entreprise en France. J’ai acheté le numéro de 2016 : indispensable !

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Aaaaaaaaaaaah ! Le nerf de la guerre !!!! Je le suggérais déjà dans mon précédant article (à relire ici), on ne finance pas un projet de création artistique comme une start-up du type Airbnb. Car le beau ne se quantifie pas avant un certain temps et un fichier clients assez fourni. Mon expérience a été je crois dans la moyenne : la course des banques (qui ont toutes refusées malgré « un beau projet plein de qualité ») la liquidation d’une partie de mes économies pour financer le prototypage et les allers-retours au Portugal, et enfin (amen!) une campagne de crowdfunding réussie mais particulièrement énergivore et impactante (découvrez à ce sujet un article que j’ai écrit 30 jours après sa fin, l’été dernier).

Remarque : je consacrerai peut-être un article au financement, n’hésitez pas à commenter en bas de page si cela vous intéresse 😊

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Gribouiller une silhouette et indiquer quelques commentaires d’une écriture illisible à un bataillon de petites mains aguerries, ce n’est pas à la portée de tous lorsque l’on débute ! Je n’ai jamais autant appris qu’en lançant ma première collection d’un point de vue logiciels et formation : Inkscape pour le dessin technique, Gimp pour les retouches photos et le remplissage de motif, Filmora pour le montage vidéo. J’ai également appris à coudre et à broder pour réaliser les contreparties de ma campagne de crowdfunding. Enfin, par souci d’économie (et explosion de budget) j’ai dû coder seule mon site internet de e-commerce : 5 jours et 15 heures de sommeil, mes paupières lourdes s’en souviennent encore…

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Passer d’une esquisse de vêtement sur feuille libre au produit fini, en différentes tailles, emballés, pesés et expédiés c’est tout un métier. Tout commence par un sourcing efficace grâce auquel j’ai identifié un atelier au Portugal prêt à produire des quantités créateurs (très très faibles quantités). S’en suit une correspondance et une série de rendez-vous sur le prototypage, le choix des tissus, des accessoires (record : trois heures passées chez un fournisseur pour trouver les boutons de mes blazers !), les défauts de conception ou de finition, la revue de la gradation, du nombre de pièces par taille et couleur, etc.  Sur ce coup, je tiens à dire que j’ai eu de la chance de travailler avec un atelier conciliant et réactif face à mon inexpérience. De plus, on a beau adoré le dessin de style, on ne s’invente pas couturier du jour au lendemain, et j’en profite aussi pour remercier mon amie Caroline, formée dans une prestigieuse école de stylisme, pour les heures passées à revoir les prototypes !

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Pas assez, ai-je envie de dire…

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Le meilleur pour la fin… Du temps de ma carrière d’auditrice informatique, mon parrain m’a donné un conseil que je ne comprenais pas bien à l’époque : « Le plus important ce n’est pas de bien travailler mais de faire savoir qu’on travaille bien ». Ou dans une autre version « le faire savoir l’emporte sur le savoir-faire ».  Leçon bien retenue depuis ! Sachez-le, quelle que soit la qualité ou le type de produit que vous souhaitez vendre tout passe par la communication ! Réseaux sociaux, influenceurs, newsletters, articles… Si l’écriture m’a toujours plu, j’admets ne pas avoir toujours vécu avec mon temps en ce qui concerne les réseaux sociaux. Consacrer du jour au lendemain 4 heures quotidiennes (minimum) à Instagram & co a été une petite violence, transformée depuis en plaisir de veille mode et tendances. Enfin, l’événementiel (soirée de lancement, pop up store, expo-vente) est un levier non négligeable pour faire connaître sa marque d’e-commerce et se transforme rapidement en activité aussi stressante qu’énergivore.

Pour les 5% restants : branding, shooting photo, réalisation des cartes de visites, des étiquettes de marque, le packaging et d’autres tâches spécifiques qui ont leur importance et dont on ne soupçonne que trop peu la chronophagie.

Résultat : au quotidien, c’est encore et toujours au moins 10 métiers à exercer lorsque son activité démarre (moins de trois mois pour moi !) et très peu de dessin. Ce que j’apprécie malgré l’amalgame des tâches, c’est que cela m’a permis de comprendre tous les aspects inhérents à la marque, du business à la production en passant par la communication, et je suis convaincue que c’est une force indéniable pour la suite. Cependant, afin de consacrer plus de temps à la création et au dessin, m’entourer de petites et grandes mains demeure un réel besoin pour la deuxième collection (en cours de fabrication 😊 😊). Avis aux candidatures !

En conclusion : peu de dessin et de créations en ses premiers mois d’activité mais une énergie utilisée à consolider la marque, à savoir la défendre, pour par la suite mieux me dédier à son rayonnement créatif !

Vous avez aimé ce témoignage ? N’hésitez pas à commenter !

Pour le prochain épisode, je discuterai sourcing et moodboard.

A bientôt !

7 replies on “Ma vie d’entrepreneure : lancer sa marque de vêtements et ne jamais dessiner

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